Aperçu de la société
Histoire de la GM du Canada


HISTOIRE

Aperçu de la General Motors
Au sujet de notre président
Conseil d'administration
Histoire de la GMCL
Histoire de GM
Histoire de la GM du Canada
Histoire de l'automobile
R. S. McLaughlin
Exploitations et emplacements
Travailleurs et travailleuses canadiens(nes) de l'automobile (TAC)
---
L'aventure épique de la General Motors du Canada

Caractéristiques de la McLaughlin-Buick Modèle F

La dernière McLaughlin-Buick Modèle F 1908

Galerie de photos de restauration de la McLaughlin-Buick Model F



La dernière McLaughlin-Buick Modèle F 1908

Lorsque Sam McLaughlin décide d'élargir les activités de son entreprise familiale de voitures à cheval pour se lancer dans la production de voitures automobiles, au début du siècle dernier, il part à la recherche d'un bon véhicule à construire. Les premiers véhicules dont il fait l'essai ne sont vraiment pas à la hauteur de ses strictes exigences. Fruit du hasard, il rencontre alors William Durant de la Buick Motor Company, puis achète, pour la somme de 1 650 $, une Buick Modèle F 1906 auprès de la Dominion Automobile and Supply Co. de Toronto. Le temps de se rendre à Oshawa au volant de la Buick, sa décision est prise : « C'est cette voiture que nous allons construire ».

Tous deux impatients de conclure une entente, McLaughlin et Durant n'arrivent cependant pas à s'entendre sur les détails financiers. Les McLaughlin décident alors de faire cavalier seul en concevant et en construisant leur propre voiture. L'élaboration des plans va bon train, les blocs-moteurs sont commandés pour la première centaine de voitures quand Arthur Milbraith, l'ingénieur responsable du projet, tombe gravement malade.

Sam McLaughlin communique avec Durant et lui demande de lui prêter un ingénieur capable de mener le projet à bonne fin. Durant décide plutôt de se rendre lui-même à Oshawa avec en poche une nouvelle proposition de collaboration. Selon Sam, l'entente est alors conclue « en moins de cinq minutes ». Les McLaughlin obtiennent ainsi les droits de construire au Canada des voitures de marque Buick pour une période de 15 ans.

La McLaughlin Motor Car Company est constituée en société le 20 novembre 1907 et Sam McLaughlin en est le président. La production des McLaughlin-Buick Modèle F commence peu de temps après. Les châssis et les moteurs sont de Buick; la carrosserie, inspirée du modèle Buick mais construite par McLaughlin, comporte certaines petites différences découlant de la longue expérience de la compagnie dans le domaine de la construction de voitures et de chariots.

En 1908, sa première année de production, la McLaughlin Motor Car Company construit 154 automobiles. L'une de celles-ci, parfait exemple de l'esprit d'Innovation et de la qualité exceptionnelle caractéristiques du début du 20e siècle, est la « voiture de tourisme cinq passagers Modèle F » de McLaughlin-Buick, carrosserie no F108, laquelle est vendue à Nathaniel D. Seaman, opérateur dans un parc à bois de Sauble Falls, en Ontario.

Quand Nathaniel meurt en 1927, son fils Theodore hérite de la voiture. Comme le véhicule a été passablement utilisé au cours de toutes ces années, il lui manque quelques-unes de ses pièces d'origine, notamment le klaxon, ses lampes à capuchon, le coussin du siège arrière; la voiture a également subi certains dommages, comme le gel du liquide de refroidissement du moteur qui a provoqué la fissuration de ses deux cylindres. Ceux-ci ont été plusieurs fois ressoudés, tout comme le différentiel de l'essieu arrière dont les engrenages usés ont toutefois forcé les propriétaires à remiser la voiture dans une grange pendant une période assez longue avant de pouvoir effectuer les réparations requises.

Toutefois, 30 ans ou presque après sa construction, la voiture est toujours en bon état et la carrosserie ainsi que le châssis sont demeurés intacts. En 1937, Theodore Seaman communique donc avec General Motors pour sonder la compagnie sur ses intérêts à l'égard du véhicule. En guise de réponse, le colonel Sam McLaughlin, président de la McLaughlin Motor Car Company au moment où la voiture avait été construite et alors président de la General Motors du Canada, dépêche un représentant chargé d'inspecter la voiture, puis offre en échange aux Seaman une Chevrolet 1937 toute neuve. Ceux-ci acceptent. La F108 est ensuite utilisée par GM lors d'événements publics, dans certaines présentations et on la prête également pour des expositions, notamment pendant une assez longue période dans un musée de Montréal.

En 1961, GM prête la voiture au Canadian Automotive Museum d'Oshawa où elle sera conservée jusqu'en 1989, son séjour étant entrecoupé par d'occasionnelles sorties pour des défilés et autres utilisations promotionnelles. C'est en 1969 que la voiture est conduite pour une dernière fois dans le cadre d'une cérémonie organisée pour célébrer la sortie du 7 millionième véhicule de la General Motors du Canada.

Bien que la voiture ait été réparée et rafraîchie en 1938, puis encore une fois dans les années 1950, elle n'a jamais été restaurée. Non seulement montre-t-elle alors des signes révélateurs de son âge, mais elle n'est plus à de nombreux égards le véhicule qu'elle était à l'origine, même pour sa couleur. C'est pourquoi, en 1989, sous la direction de Stew Low, directeur des Relations publiques à la General Motors du Canada, un plan de restauration est mis au point afin de ramener le véhicule à ses spécifications d'origine. L'objectif visé était de restaurer le véhicule ou de lui redonner son apparence initiale de 1908, tel qu'il était au moment de sa sortie de l'usine, et de lui rendre ainsi la plus grande authenticité possible.

Boyd Wood, des Services d'essais, de la GM du Canada, lui-même restaurateur et collectionneur possédant une réputation bien établie dans le monde des véhicules antiques, est chargé du projet. Il est non seulement affecté à la tâche gigantesque de faire les recherches nécessaires sur le design et les spécifications du véhicule et d'en assurer l'authenticité, mais aussi de surveiller chaque étape de la restauration. La nécessité de déterminer l'authenticité des pièces et des organes divers se révèle un défi de taille. Contrairement à la plupart des autres projets de ce genre, aucun autre travail antérieur de restauration ne peut servir de modèle. En fait, on ne connaît l'existence d'aucune autre voiture McLaughlin-Buick Modèle F de 1908. Bien que plusieurs voitures Buick de Modèle F construites aux États-Unis aient été retrouvées, aucune ne peut être parfaitement authentifiée. De plus, les McLaughlin-Buick étaient reconnues pour être différentes de leurs équivalents des États-Unis, sans que l'on ne sache toutefois jusqu'à quel point ni exactement sous quels aspects.

Wood remue ciel et terre, tant au Canada qu'aux États-Unis. Il établit un réseau sans précédent de contacts bien informés au sujet de la voiture et de ses divers aspects. Il trouve de la documentation publicitaire originale ainsi que des plans de la voiture et de ses pièces. Il examine les revues de l'époque pour y trouver des renseignements connexes. Il dépiste les fournisseurs originaux et leurs successeurs pour obtenir davantage de détails.

Wood se rend dans les expositions de vieilles voitures et les marchés aux puces à la recherche de pièces. Il emprunte des composants manquants ou endommagés en provenance d'autres voitures afin de les utiliser comme modèles, quand il est convaincu de leur similitude. Et, après avoir épuisé tous les autres moyens, il commande de nouvelles pièces à fabriquer selon les spécifications originales.

Le chemin à parcourir est difficile et bien souvent tortueux. L'installation du radiateur et de son enveloppe en est un exemple frappant. Le radiateur d'origine avait été endommagé et réparé à un point tel qu'il n'avait plus rien à voir avec la pièce originale. De plus, l'étiquette d'identification du fabricant à la base de l'enveloppe du radiateur en laiton avait été remplacée par celle d'un atelier de reconstruction.

Des pièces d'origine sont trouvées sur certaines voitures construites aux États-Unis, pièces dont on peut faire des copies. L'entreprise Sherry Classic Cars, de Warsaw, en Ontario, qui effectue les travaux de restauration, est certes en mesure de fabriquer un nouveau radiateur, mais deux problèmes se posent. Le premier consiste à reproduire le mot Buick en lettres cursives tel qu'il apparaît sur l'enveloppe du radiateur, l'autre à préciser les détails pertinents de la plaque du fabricant de manière à pouvoir la reproduire. La documentation publicitaire et la documentation sur les pièces indiquaient que le radiateur d'origine avait été fabriqué par Long-Turney, mais la plaque des véhicules trouvés indiquait Rome-Turney. Pourquoi cette différence?

La recherche de la clé de l'énigme mène directement à Bill Lynch, alors président de la RomeTurney Radiator Company et petit-fils du fondateur de la compagnie. Avec l'aide de ce dernier, l'examen d'anciens dossiers permet de découvrir le procès-verbal d'une réunion du conseil d'administration, tenue en 1908 et au cours de laquelle le nom de la compagnie Long-Turney avait été changé pour Rome-Turney. La plaque signalétique Long-Turney était donc la bonne pour le modèle 1908, alors que celle de Rome-Turney était correcte pour les versions ultérieures.

Lynch connaît également un fabricant toujours en mesure de fabriquer des tubes de radiateur à ailettes identiques aux originaux. Mais chose sans doute encore plus étonnante, une visite de son usine permet de découvrir le moule du lettrage de la marque Buick utilisé pour fabriquer ces radiateurs originaux. Contrairement aux actuels ensembles de matrice pour production de masse, lesquels sont constitués de deux moitiés, l'une mâle et l'autre femelle, cette matrice ne présente que la partie femelle. Les artisans de l'époque formaient le lettrage en déposant la tôle de laiton sur le moule, puis en la recouvrant d'une mince couche de caoutchouc pour ensuite marteler le métal dans le creux du moule avec un marteau. Lynch prête le moule aux Sherry qui utilisent la même méthode pour fabriquer une nouvelle enveloppe de radiateur en laiton pour la F108.

Des recherches subséquentes permettent de trouver une Buick 1908 d'un autre modèle et munie d'un radiateur Long-Turney. Une photographie en gros plan du nom Buick qui s'y trouvait suffit pour fabriquer et graver une nouveau monogramme, identique à l'original.

Les propriétaires d'autres Modèles F ont tous fait preuve de générosité en donnant de leur temps et de leur expérience, de même qu'en prêtant des pièces qui ont été utilisées comme modèles pour la restauration. L'un d'eux a prêté une trousse complète d'outils Michelin, incluse dans la voiture d'origine, et des copies conformes de chaque outil ont été fabriquées.

Michelin a également participé au projet comme source d'informations et pour la fabrication de pneus gris spéciaux. Sur les photographies de l'époque, les pneus semblent blancs. Toutefois, les dossiers de Michelin, qui était alors le fournisseur de pneus de Buick, permettent de démontrer qu'ils étaient gris. Aucun pneu de la même dimension n'est encore fabriqué, mais un pneu de motocyclette de dimensions métriques se rapprochait suffisamment des dimensions à utiliser et Michelin décide de fabriquer de nouveaux pneus de caoutchouc gris à l'aide des moules de ce pneu.

Presque chaque pièce de la voiture a une histoire semblable. Et la recherche sur chacune de ces pièces a fait l'objet d'une vaste documentation. De plus, un dossier photographique complet a été établi tant pour le démontage que pour la restauration de la voiture.

La restauration elle-même a été réalisée par la société Sherry Classic Cars de Warsaw, en Ontario, à proximité de Peterborough. Harry Sherry, de même que feu son père Bodnar, son frère Bill et son fils Jeff, sont tenus en haute estime parmi les restaurateurs non seulement au Canada, mais dans le monde entier. Les véhicules qu'ils ont restaurés, notamment plusieurs Belles anciennes -- Duesenberg, Cord, Mercedes-Benz, Marmon et autres du même genre -- ont été couronnés plusieurs fois au « Concours d'Élégance » de Pebble Beach, considéré par plusieurs comme l'événement le plus prestigieux du genre dans le monde entier.

Dans leur atelier, ces artisans disposent des moyens nécessaires pour rénover ou refaire presque chaque composant du véhicule, qu'il s'agisse de la fabrication d'éléments de carrosserie en bois, d'ailes en acier, de radiateurs en laiton et de sièges en cuir ou de l'usinage de composants du moteur et même de boulons et d'écrous. Toutes ces compétences et habiletés ont été mises à contribution pour restaurer le modèle F108.

Divers services de la General Motors du Canada ont également participé à la restauration. Des copies de quelques plans originaux ont été récupérées dans les archives de Flint, au Michigan. Ces plans ont non seulement aidé à la restauration des pièces existantes, mais ils ont aussi de permis de fabriquer de nouveaux composants selon les spécifications exactes. Cela a nécessité, entre autres, le coulage à la fonderie de la GM du Canada à St. Catharines, en Ontario, de nouveaux cylindres pour le moteur à deux cylindres horizontaux opposés et à soupapes en tête.

Selon un spécialiste canadien reconnu de la marque, le résultat de ce processus de restauration d'une durée de cinq ans est « la plus magnifique McLaughlin jamais construite. » Ce spécialiste ajoute que « très peu de restaurations ont fait l'objet de recherches aussi fouillées et d'un souci du détail aussi approfondi. Aucun petit composant n'a été oublié et chaque pièce convient parfaitement à la voiture. » Autant le véhicule que les recherches exigées pour mener à bien sa restauration font du modèle F108 une ressource inestimable pour les autres restaurateurs aussi bien que pour ceux qui étudient l'histoire de l'automobile.

Voilà un précieux hommage au patrimoine automobile du Canada.

 

-
Accueil > Aperçu de la société > Survol de l'entreprise
-